RREGOP : calcul de votre rente et la baisse à 65 ans
Le RREGOP expliqué : votre cotisation, le calcul de votre rente et pourquoi elle baisse à 65 ans, même sans RRQ. Avec les chiffres de 2026.
Par Jose Perdomo · Cofondateur

Marie est enseignante au secondaire à Laval. Elle a 60 ans, 32 années de service au RREGOP et un salaire moyen de 85 000 $ pour ses cinq meilleures années. Quand elle calcule sa rente avec la formule publiée par Retraite Québec, elle n'obtient pas un chiffre, mais deux : 54 400 $ par année jusqu'à 65 ans, puis 38 904 $ à partir de là.
Le deuxième n'est ni une erreur ni une pénalité. Pour comprendre d'où il vient, il faut voir le régime au complet, de ce que vous cotisez pendant que vous travaillez jusqu'à ce qui change le jour de vos 65 ans.
Pensez à une journée de travail. Le RREGOP n'a jamais été embauché pour la faire seul à vie : il compte sur le fait que vous cotisez aussi au RRQ, et ne prélève donc rien sur la première tranche de votre salaire. Si vous prenez votre retraite avant 65 ans, il fait la journée complète pendant ces années. À 65 ans, il réduit ses heures, et celles qu'il laisse vont au RRQ. Il les réduit même si le RRQ n'est pas encore arrivé.
Le RREGOP en bref : qui il couvre et combien vous y cotisez
Le RREGOP couvre les employés réguliers et occasionnels, à temps plein ou à temps partiel, de la fonction publique, du réseau de l'éducation et du réseau de la santé et des services sociaux du Québec. Il existe depuis 1973 et c'est Retraite Québec qui l'administre. Au 31 décembre 2025, il comptait environ 671 476 participants actifs et 359 193 retraités.
C'est un régime à prestations définies. Dans un REER, vous savez combien vous y mettez, mais pas combien vous recevrez. Ici, c'est l'inverse : votre rente découle d'une formule fixe, elle est versée à vie et ce n'est pas vous qui assumez le risque de placement. Les prestations liées au service depuis juillet 1982 sont financées à parts égales par les cotisations des employés et par le gouvernement.
Votre part est retenue sur chaque paie. En 2026, vous cotisez 8,63 % sur la partie de votre salaire qui dépasse 18 650 $, une exemption égale à 25 % du MGA. Le MGA est le revenu maximal sur lequel on cotise au RRQ, et il est de 74 600 $ en 2026. Pour Marie, avec 85 000 $, la cotisation de 2026 est de 5 726 $.
Cette exemption découle du même principe : comme le RREGOP compte sur le RRQ pour travailler à ses côtés, il ne vous prélève rien sur cette première tranche de votre salaire. Les personnes qui gagnent moins que le MGA ont en plus droit à une petite réduction supplémentaire. Avec un salaire égal ou inférieur à 35 % du MGA, soit 26 110 $ en 2026, on ne cotise rien. Les cotisations sont déductibles d'impôt, et la rente est imposable quand vous la touchez.
Le calcul de votre rente du RREGOP et quand la toucher
La rente de base se calcule avec trois chiffres : vos années de service, jusqu'à 40, multipliées par 2 % et par le salaire moyen de vos cinq années les mieux payées. Ces cinq années n'ont pas à être consécutives. Pour Marie, 2 % fois 32 années fois 85 000 $ donne ses 54 400 $.
Depuis le 1er juillet 2019, un seul des trois critères suffit pour toucher la rente sans réduction : 61 ans, 35 années de service, ou 60 ans si l'âge et le service totalisent 90. Marie totalise 92, alors elle la touche au complet à 60 ans. Vous pouvez partir dès 55 ans en perdant 0,5 % par mois d'avance sur le plus proche de ces critères, soit 6 % par année, de façon permanente, un taux en vigueur depuis juillet 2020. Si vous préférez continuer à travailler, vous pouvez cotiser jusqu'à l'année de vos 71 ans.
Si vous quittez votre emploi avant 55 ans, les règles changent. Avec au moins deux années de service, votre rente devient différée. Elle n'est versée sans réduction qu'à 65 ans, avec le même 6 % par année si vous la demandez dès 55 ans, et elle est coordonnée avec le RRQ dès le premier versement. Avant 55 ans, vous pouvez aussi en transférer la valeur dans un CRI ou un FRV.
À 65 ans : la coordination du RREGOP et du RRQ
Pourquoi le chiffre change-t-il justement à 65 ans ? Retraite Québec l'explique ainsi : 65 ans est aussi l'âge où vous pouvez recevoir la PSV et 100 % de votre rente du RRQ. Les deux régimes se partagent votre retraite comme ils se sont partagé vos cotisations.
La réduction a sa propre formule : 0,7 % par année de service depuis 1966, jusqu'à 35 ans, multiplié par la moins élevée de deux moyennes. Pourquoi 1966 ? C'est l'année de création du RRQ. La première moyenne est celle de votre salaire durant vos cinq dernières années, qui ne sont pas forcément les meilleures. La deuxième est celle du MGA pendant ces mêmes années.
Si Marie prend sa retraite à la fin de 2026, la période va de 2022 à 2026. Le MGA a été de 64 900 $, 66 600 $, 68 500 $, 71 300 $ et 74 600 $. Leur moyenne, 69 180 $, est inférieure à ce qu'elle gagne, alors pour Marie, c'est le MGA qui compte.
Stéphane est préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD de Sherbrooke, avec les mêmes 32 années de service et un salaire moyen de 52 000 $. Comme il gagne moins que le MGA moyen, la formule s'applique à son salaire. Ce sont deux exemples de calcul, avec les règles de 2026 de Retraite Québec, en dollars de 2026 et sans tenir compte de l'indexation :
| Marie | Stéphane | |
|---|---|---|
| Salaire moyen | 85 000 $ | 52 000 $ |
| Rente jusqu'à 65 ans | 54 400 $ | 33 280 $ |
| Réduction à 65 ans | 15 496 $ | 11 648 $ |
| Rente à partir de 65 ans | 38 904 $ | 21 632 $ |
Stéphane perd 35 % de sa rente à 65 ans, parce que 0,7 % de réduction contre 2 % de rente donne cette proportion. C'est la même chose pour toute personne qui gagne moins que le MGA, avec 35 années de service ou moins et les mêmes cinq années comme meilleures et dernières. Marie, qui gagne plus, perd 28 %. Au-dessus du MGA, plus le salaire est élevé, plus la proportion est faible : avec une moyenne de 100 000 $, ce serait 24 %.
La différence vient du RRQ, qui ne couvre le salaire que jusqu'au MGA. Celui de Stéphane reste entièrement sous ce plafond, alors que celui de Marie le dépasse : le RRQ remplace donc une plus petite part de ce qu'elle gagnait. C'est pourquoi, à 65 ans, le RREGOP de Stéphane réduit davantage ses heures. Retraite Québec précise aussi que votre revenu total peut baisser à 65 ans, parce que la réduction tient compte de vos dernières années alors que le RRQ se calcule sur toute votre carrière.
Si vous reportez le RRQ, le RREGOP n'attend pas
La loi du régime fixe la date sans mentionner le RRQ : la réduction s'applique à compter du mois qui suit vos 65 ans, ou dès votre retraite si vous la prenez plus tard. Retraite Québec confirme qu'elle s'applique aussi à 65 ans si vous avez demandé votre RRQ avant. Si vous demandez le RRQ à 60 ans, il arrive en avance et vous touchez les deux jusqu'à 65 ans, avec un RRQ de 30 % à 36 % moins élevé à vie. Malgré tout, le RREGOP attend vos 65 ans pour réduire ses heures.
Retraite Québec le recommande dans son guide sur le RREGOP : si vous attendez pour que votre RRQ et votre PSV soient plus élevés, prévoyez de l'épargne pour compenser la diminution de votre rente du RREGOP.
Le RREGOP ne réduit pas ses heures quand le RRQ arrive. Il les réduit le jour que fixe le calendrier : vos 65 ans.
Le RRQ peut être reporté jusqu'à 72 ans : chaque mois après 65 ans l'augmente de 0,7 %, jusqu'à 58,8 % de plus. Supposons que Marie le demande à 70 ans : il serait 42 % plus élevé, et indexé à vie. De quoi vit-elle en attendant ? De 65 à 70 ans, des 38 904 $ du RREGOP, de sa PSV et de ce qu'elle retire de son REER ou de son CELI. Pendant cinq ans, c'est son épargne qui fait les heures que le RREGOP a laissées à 65 ans, jusqu'à l'arrivée du RRQ.
Combien d'épargne faut-il pour couvrir ces heures ? À peu près ce que le RRQ vous aurait versé pendant l'attente. Nous l'avons simulé dans AuraPlan avec Marie : un RRQ de 13 500 $ à 65 ans, 230 000 $ entre son REER et son CELI, et 46 000 $ de dépenses par année. Si elle le reporte à 70 ans, elle arrive à cet âge avec environ 68 000 $ d'épargne de moins que si elle l'avait demandé à 65 ans. Ce sont des dollars de 2026, avec une inflation de 2 %.
À partir de 70 ans, elle touche un RRQ 42 % plus élevé, et cette hausse lui rend peu à peu son épargne. Avec un rendement de 3 % à 5 %, elle récupère les 68 000 $ entre 84 et 90 ans. Nous avons aussi testé d'autres niveaux de dépenses, d'épargne et d'espérance de vie, et le coût est resté autour de cinq années de RRQ. Pour votre ménage, si vous attendez jusqu'à 70 ans, la première approximation est votre propre RRQ à 65 ans multiplié par cinq.
Reporter peut quand même être une bonne décision. Ces 68 000 $ sont de l'épargne que vous avancez, pas de l'argent que vous perdez : à 89 ans, Marie termine avec une épargne semblable dans les deux cas. Quand nous avons comparé des plans complets dans notre recherche, le meilleur âge pour demander le RRQ a changé d'un ménage à l'autre. Malgré cela, le demander un ou deux ans avant ou après cet âge a peu modifié le résultat.
La différence entre un bon plan et un mauvais tient à la façon de retirer l'épargne, année par année. Et ici, la baisse de 65 ans a un côté utile. Si vous reportez le RRQ, les années entre 65 ans et son début deviennent vos années de plus faible revenu à la retraite, propices aux retraits du REER à un taux d'imposition moindre. C'est la logique de l'ordre des retraits et de faire fondre le REER avant 71 ans. Dans AuraPlan, la rente du RREGOP est modélisée avec sa coordination à 65 ans, et les années où le RRQ n'a pas encore commencé sont signalées.
Indexation : de combien votre rente augmente chaque année
Une fois à la retraite, votre rente est indexée le 1er janvier de chaque année, mais pas uniformément. Cela dépend de la période où vous avez accumulé chaque année de service, et la référence est le taux d'augmentation de l'indice des rentes du RRQ, qui a été de 2,0 % pour 2026 :
- le service avant juillet 1982 augmente selon l'indice complet : 2,0 % en 2026;
- celui de juillet 1982 à 1999 augmente selon l'indice moins 3 points, sans descendre sous zéro : 0,0 % en 2026;
- celui de 2000 et après augmente selon le plus élevé entre la moitié de l'indice et l'indice moins 3 points : 1,0 % en 2026.
Pour quelqu'un comme Marie, qui a commencé à travailler au milieu des années 1990, la plus grande partie de la rente tombe dans le troisième groupe. Si le coût de la vie monte de 2 % et que cette partie augmente de 1 %, elle perd du pouvoir d'achat peu à peu, année après année. Dans la même simulation AuraPlan, avec une inflation de 2 %, chaque tranche de 100 $ de rente que Marie touche à 65 ans achète environ 76 $ à 89 ans. C'est pourquoi la valeur temporelle de l'argent pèse dans un plan avec le RREGOP, même si la rente est garantie.
Ce que vous pouvez encore changer
La formule d'une rente à prestations définies ne se négocie pas, mais certaines décisions changent bel et bien le calcul. Deux se prennent avant votre retraite, une au moment de partir et une autre chaque année, dans votre déclaration de revenus.
La retraite progressive est la première. C'est le nom que plusieurs lui donnent, mais le RREGOP l'appelle départ progressif. Si vos conditions de travail le prévoient, vous demandez une entente à votre employeur. Vous réduisez vos heures pendant 12 à 60 mois, jamais sous 40 % d'un temps plein, et vous prenez votre retraite à la fin de l'entente. Avant de la signer, Retraite Québec confirme avec le formulaire RSP-267 que vous aurez droit à votre rente à la fin. Votre service et votre salaire sont reconnus comme si vous ne l'aviez pas signée, alors, en général, votre rente ne change pas. Le prix : vous continuez de cotiser sur le salaire à temps plein, même si vous touchez moins. Si Marie travaillait à 40 % dans le cadre d'un départ progressif, elle toucherait 34 000 $ et continuerait de cotiser 5 726 $ par année, comme avec son plein salaire de 85 000 $.
La deuxième est le rachat de service. Vous pouvez racheter des périodes pendant lesquelles vous n'avez pas cotisé, comme un congé sans traitement, et les ajouter à vos années de service. Le coût dépend de votre salaire et de votre âge au moment de la demande, et il est moins élevé si vous la faites dans les six mois qui suivent le congé. C'est possible seulement tant que vous participez au régime : après la retraite, la porte se ferme.
La troisième se décide au moment de la retraite. Si vous avez un conjoint, il recevra à vie la moitié de votre rente s'il vous survit. Cette rente est aussi coordonnée : si vous décédez avant 65 ans, la réduction s'applique à sa rente dès le mois suivant, sans attendre cet âge. Vous pouvez réduire votre propre rente de 2 % pour lui laisser 60 % au lieu de 50 %, et ce choix devient irrévocable dès le premier versement. C'est une décision de couple, comme nous l'expliquons dans état civil et retraite.
La quatrième est le fractionnement du revenu de pension. Votre rente du RREGOP provient d'un régime d'employeur, alors vous pouvez en attribuer une partie à votre conjoint. Dans la déclaration fédérale, c'est possible à tout âge, et dans celle du Québec, à partir de 65 ans. Son intérêt dépend de l'écart entre vos deux revenus, comme nous l'expliquons dans le fractionnement du revenu de pension.
Reste une dernière décision, celle du RRQ. Marie peut le demander n'importe quand entre 60 et 72 ans, et Stéphane aussi : selon le ménage, le demander plus tôt ou plus tard peut se défendre. Votre estimation de Retraite Québec présente les deux chiffres du RREGOP. Regardez le deuxième avec la même attention que le premier, parce que c'est celui qui vous accompagne le reste de votre vie. Le calendrier est déjà écrit. Ce qu'il vous reste à décider, c'est qui couvre ces heures jusqu'à l'arrivée du RRQ.
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