Tableau de décaissement REER : planifier année par année
Du tableau de décaissement au vrai plan : ce que coûte chaque dollar retiré au Québec entre 60 et 90 ans, et comment les années s'enchaînent.
Par Jose Perdomo · Cofondateur

Nathalie prend sa retraite à 60 ans avec 690 000 $ répartis dans trois comptes. Son REER contient 480 000 $, son CELI 90 000 $, et un compte non enregistré 120 000 $. Elle dépense 48 000 $ par année après impôt, et sa RRQ et sa PSV commencent à 65 ans.
Pendant ses cinq premières années de retraite, elle ne paie pas un seul dollar d'impôt. À partir de 66 ans, elle paie environ 8 500 $ chaque année, en dollars d'aujourd'hui, pendant dix-huit années de suite.
Est-ce une bonne nouvelle ou une occasion manquée ? Tout dépend de la manière dont elle choisit ses retraits, et il y a plusieurs façons de le faire, certaines plus prévoyantes que d'autres.
De la règle au tableau de décaissement, et du tableau au plan
Imaginez un voyage en terrain inconnu. Il y a quatre façons de le faire, et chacune voit un peu plus loin que la précédente.
À l'aveugle. Vous prenez ce qu'il vous faut dans le compte le plus à portée de main, et l'impôt, vous le découvrez en avril. C'est avancer sans carte : vous bougez, mais sans savoir si la route monte.
Avec une règle. Vous suivez une stratégie qui porte un nom. Ce peut être l'ordre traditionnel, qui vide d'abord le compte non enregistré, puis le REER, et garde le CELI pour la fin. D'autres consistent à garder le REER pour la fin, à remplir votre revenu jusqu'à un certain palier d'imposition ou à retirer un pourcentage fixe chaque année. Une règle, c'est un panneau sur la route, et c'est déjà bien mieux que rien. Dans l'ordre traditionnel pour retirer entre REER, CELI et compte non enregistré, nous expliquons pourquoi il est rarement le meilleur.
Avec un tableau. Une ligne par année, et dans chaque ligne trois choses : d'où vient votre revenu, à combien s'élève votre revenu imposable et combien vous coûte le dollar suivant. C'est la carte : pour la première fois, vous voyez où sont vos années bon marché et où sont les chères. Avec ce tableau, vous pouvez déjà appliquer une manœuvre comme décaisser le REER avant 71 ans : vous repérez ces années et vous décidez de les remplir. C'est ce qu'on appelle un tableau de décaissement.
Avec un plan. La carte montre le terrain, mais elle ne sait pas que chaque décision le modifie. Si vous retirez davantage du REER cette année, votre solde baisse, et vos retraits minimums des années suivantes aussi. Si votre revenu augmente cette année, la récupération de votre PSV vous est retenue à partir de juillet de l'année suivante. Un plan soupèse l'effet de chaque retrait sur cette année et sur celles qui viennent. C'est ça, un vrai plan de décaissement : le GPS qui sait que chaque virage influe sur le reste du trajet, et qui le recalcule quand quelque chose change.
L'écart entre la règle et le plan n'est pas mince. Dans notre recherche, décider chaque année combien retirer du REER a permis d'obtenir presque tout ce que le ménage pouvait gagner à la fin. Fixer deux montants, un avant et un après la RRQ, n'a pas dépassé les trois quarts, même avec les meilleurs montants possibles.
Le coût réel d'un dollar ne monte pas en ligne droite
Pour tracer n'importe quel itinéraire, vous devez savoir ce que vous coûte chaque dollar, et c'est là que se trouve le piège. Le tableau des tranches d'imposition monte de façon ordonnée. Ce que vous payez vraiment, non.
Ce qui fait la différence, c'est la récupération de la PSV. Au-delà de 95 323 $ de revenu net en 2026, chaque dollar de plus vous enlève 15 cents de votre pension. Dans votre déclaration, cela ne s'appelle pas un impôt, mais cela fonctionne comme un impôt : chaque dollar de PSV que vous remboursez est de l'argent perdu parce que vous avez gagné plus. Comme le montant remboursé se déduit de votre revenu, en pratique, il vous coûte un peu moins que ces 15 cents.
Les taux de cet article, nous les avons calculés avec les tables fiscales de 2026 et le calculateur de notre page sur le retrait minimum du FERR. Les chiffres ci-dessous valent pour une personne seule de 68 ans au Québec, avec des revenus de la RRQ et d'une pension :
| Revenu imposable | Sans la récupération de la PSV | Ce que ça coûte vraiment |
|---|---|---|
| 40 000 $ | 25,7 % | 25,7 % |
| 60 000 $ | 37,9 % | 37,9 % |
| 90 000 $ | 37,9 % | 37,9 % |
| 100 000 $ | 37,9 % | 47,2 % |
| 120 000 $ | 41,1 % | 49,9 % |
| 140 000 $ | 47,5 % | 55,3 % |
| 160 000 $ | 47,5 % | 47,5 % |
| 200 000 $ | 50,0 % | 50,0 % |
Avec un revenu de 140 000 $, le dollar suivant coûte plus cher qu'avec 160 000 $. Au total, la personne qui gagne 160 000 $ paie quand même plus d'impôt. Mais elle a déjà remboursé toute sa PSV, alors son prochain dollar ne subit plus que l'impôt sur le revenu. La personne qui gagne 140 000 $ a encore de la PSV à perdre, et chaque dollar de plus lui coûte les deux.
Sur la carte, cette zone est une colline : vous montez en franchissant le seuil et vous redescendez quand la PSV est tombée à zéro. Pour le revenu de 2026, la PSV tombe à zéro à 155 320 $ entre 65 et 74 ans, et à 161 320 $ à partir de 75 ans. Ce sont des estimations jusqu'en septembre et des chiffres définitifs à partir d'octobre. Dans le seuil de récupération de la PSV, nous expliquons pourquoi ils bougent.
Votre propre position sur cette carte dépend de vos pensions. En couple, chacun a la sienne, parce que l'impôt et la récupération de la PSV se calculent par personne. Dans le calculateur, vous entrez votre RRQ et votre pension d'employeur, vous indiquez si vous touchez la PSV, et vous voyez combien vous coûte le dernier dollar que vous retirez.
L'impôt ne s'évite pas : on choisit les années où le payer.
Les étapes de votre tableau
Le prix d'un dollar ne dépend pas seulement de ce que vous gagnez, mais aussi de l'étape de votre retraite où vous vous trouvez. Au Québec, un plan traverse jusqu'à quatre étapes, et la première n'existe que si vous prenez votre retraite avant 65 ans.
Avant la RRQ et la PSV
Si vous prenez votre retraite avant 65 ans, une vallée s'ouvre entre votre dernier salaire et vos rentes publiques. Votre revenu imposable peut tomber presque à zéro, et avec lui le coût de chaque dollar que vous retirez du REER.
Selon les tables de 2026, une personne seule de 62 ans sans autre revenu peut retirer ses premiers 17 000 $ du REER presque sans payer d'impôt. Jusqu'à environ 50 000 $, chaque dollar de plus lui coûte 25,7 %. C'est une vallée qui se referme quand vos rentes arrivent.
À 65 ans : les rentes publiques arrivent
Quand la RRQ et la PSV commencent, votre revenu monte sans que vous retiriez quoi que ce soit. Si vous gardez le même montant de retrait qu'avant, votre revenu fait un bond cette année-là.
Mieux vaut donc penser à un revenu cible qu'à un montant fixe : vous décidez jusqu'où remplir votre revenu imposable, et le retrait s'ajuste seul quand une nouvelle rente arrive. Son avantage le plus visible, c'est qu'il évite ce bond.
À partir de 65 ans, vous pouvez aussi fractionner les retraits du FERR avec votre conjoint, ce que nous analysons dans le fractionnement du revenu de pension et ce qu'il vaut vraiment.
Le REER à 71 ans
Votre REER doit être fermé au plus tard le 31 décembre de l'année de vos 71 ans. Selon les options que décrit l'ARC, vous pouvez le convertir en FERR, l'utiliser pour acheter une rente viagère ou le retirer d'un seul coup, en ajoutant tout le montant à votre revenu de l'année.
Si vous choisissez le FERR, un retrait minimum obligatoire s'applique dès l'année suivante, et il augmente avec l'âge. À partir de là, le chemin comporte une montée obligatoire, et une partie de votre tableau ne relève plus de votre décision.
Après 75 ans
La PSV augmente de 10 % à partir de 75 ans : de 751,97 $ à 827,17 $ par mois, selon les montants de juillet à septembre 2026. Une pension plus élevée met plus de temps à être récupérée, alors la colline s'étire jusqu'aux 161 320 $ de 2026.
Si vos revenus tournent autour de cette zone, le même tableau qui vous servait à 70 ans ne décrit plus le terrain à 76 ans.
Nathalie, année par année
Revenons à Nathalie. Nous avons simulé sa situation dans AuraPlan avec des hypothèses énoncées : rendement de 4 % après la retraite, inflation de 2 %, espérance de vie de 90 ans et tables fiscales de 2026. Sans aucune stratégie activée, elle suit une règle simple : d'abord le compte non enregistré, puis le CELI, et le REER le plus tard possible.
Voici son tableau, regroupé par étapes et en dollars d'aujourd'hui :
| Âge | D'où vient l'argent | Revenu imposable | Impôt de l'année |
|---|---|---|---|
| 60 à 64 | Compte non enregistré, puis CELI | 0 $ à 3 100 $ | 0 $ |
| 65 | RRQ, PSV, REER et le reste du CELI | 34 400 $ | 2 600 $ |
| 66 à 83 | RRQ, PSV et REER converti en FERR | 56 500 $ | 8 400 $ à 8 600 $ |
Pendant cinq ans, Nathalie marche au fond de la vallée avec son REER intact. Son revenu imposable est pratiquement nul, et la tranche où chaque dollar coûtait 25,7 % ou moins reste inutilisée.
Ensuite, elle monte sur un plateau et y reste dix-huit ans. De 66 à 83 ans, chaque dollar de plus qu'elle retire lui coûte 32,4 %, année après année, parce que tout son revenu dépend désormais du REER et des rentes publiques.
Sa règle a fonctionné comme une règle : jamais elle n'a manqué de consigne. Elle n'a pas pu voir que chaque dollar laissé dans le REER à 62 ans allait sortir plus tard, à 32,4 % au lieu de 25,7 % ou moins. C'est exactement ce que mesure notre recherche : un plan rigide laisse vides les années bon marché avant les rentes publiques, et concentre les retraits dans les années chères.
Le tableau de Nathalie ne peut pas vous dire combien elle aurait gagné en remplissant ces vallées. Ce chiffre dépend d'hypothèses que personne ne connaît d'avance, à commencer par le rendement de son argent, et la section suivante explique pourquoi.
Une vallée que vous n'utilisez pas ne se garde pas pour plus tard.
Pourquoi personne ne peut vous donner l'ordre d'avance
Si les années bon marché sont si évidentes, pourquoi n'existe-t-il pas une règle qui en profite toujours ? Parce que le trajet change d'un ménage à l'autre.
Quand nous avons comparé les séquences de retrait dans des ménages différents, celle qui gagnait chez l'un perdait chez l'autre. L'ordre traditionnel n'a pas toujours tort. Il est peu fiable, ce qui est différent : il tombe juste ou se trompe selon vos comptes, vos pensions et vos dépenses.
Il y a aussi une raison plus subtile. Sortir de l'argent du REER plus tôt pour profiter d'une vallée signifie que cet argent cesse de croître à l'abri de l'impôt. S'il croît nettement plus vite dans le REER qu'en dehors, payer un peu plus d'impôt plus tard peut finir par vous en laisser davantage. C'est l'écart entre les deux rendements qui décide, pas la tranche d'imposition.
C'est pourquoi un plan se recalcule chaque année, comme un GPS quand vous déviez de la route : avec vos soldes réels, les nouvelles tables fiscales et ce qui a changé dans votre vie. Un chiffrier peut vous montrer le tableau. La difficulté, c'est que chaque ligne fait bouger les autres.
Chez AuraPlan, nous faisons ce recalcul année par année pour votre ménage, avec vos comptes et vos pensions, en soupesant l'effet de chaque retrait sur les années suivantes.
Ce qui a manqué à Nathalie, c'est un plan : voir le terrain avant de le parcourir, quand elle pouvait encore choisir par où passer.
Ce plan ne vous promet pas un chemin sans montées. Il vous permet de parcourir votre retraite l'esprit tranquille, en sachant d'avance ce que chaque pas va vous coûter.
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