CELI et supplément de revenu garanti : où épargner
CELI et supplément de revenu garanti : les retraits du CELI ne réduisent pas le SRG. Comment s'en servir si vous touchez déjà le SRG ou si vous épargnez encore.
Par Jose Perdomo · Cofondateur

Ginette a 71 ans et vit seule à Trois-Rivières. Son auto de douze ans ne mérite plus une autre réparation, et celle qu'elle a trouvée coûte 8 000 $. Elle peut prendre l'argent dans son FERR, où elle a 50 000 $, ou dans son CELI, où elle a 12 000 $. À la banque, on lui demande lequel des deux.
Pour sa banque, c'est une formalité. Pour Ginette, la réponse décide de l'année qui suit. Ginette touche le SRG, le supplément de revenu garanti, qui se calcule avec le revenu qu'elle a eu l'année précédente. Si elle prend l'argent dans le FERR, elle paie quelque 500 $ d'impôt et, à partir de juillet de l'année suivante, son supplément passe d'environ 440 $ à environ 80 $ par mois pendant un an.
Dans l'article sur le SRG, nous l'avons expliqué avec une balance. Chaque année en juillet, Service Canada pèse votre revenu de l'année précédente, et le supplément complète ce qui vous manque : plus votre revenu pèse lourd, moins il complète. Ce qui sort du FERR monte sur cette balance ; ce qui sort du CELI, non. Cette différence vous sert dans deux cas : si vous touchez déjà le SRG et si vous épargnez encore.
Ce que le CELI ne fait pas monter sur la balance
Le SRG se calcule avec le revenu net de l'année précédente, celui de votre déclaration de revenus, sans compter la PSV. Le solde de vos comptes n'entre pas dans ce calcul : la loi sur la PSV ne mesure que le revenu. Ce qui compte, c'est ce qui entre dans votre déclaration : la rente du RRQ, ce que vous retirez du REER ou du FERR et les intérêts de votre épargne hors des comptes enregistrés. Le CELI n'entre pas dans votre déclaration, ni quand il rapporte des intérêts ni quand vous en retirez de l'argent.
Le SRG ne pèse pas ce que vous avez. Il pèse ce que vous déclarez.
Trois règles du CELI le rendent utile après 65 ans :
- Il n'a pas d'âge maximal. Vous pouvez en ouvrir un et y cotiser dès 18 ans, tant que vous résidez au Canada et avez un numéro d'assurance sociale. Contrairement au REER, qui se ferme à 71 ans, il n'a pas de date de fermeture.
- Les droits s'accumulent dès 18 ans, ou depuis 2009 si vous aviez déjà plus de 18 ans, même si vous n'avez jamais ouvert le compte. Si vous n'avez jamais cotisé, vous avez tous les droits accumulés depuis, et le montant exact paraît dans votre compte en ligne de l'Agence du revenu.
- Chaque retrait s'ajoute à vos droits le 1er janvier de l'année suivante. Retirer 8 000 $ aujourd'hui ne vous enlève pas ces 8 000 $ de droits pour toujours.
Si vous touchez déjà le SRG : les intérêts qui pèsent
Revenons à Ginette. Elle a une rente du RRQ de 8 400 $ par année et la PSV complète. Elle retire 3 000 $ par année de son FERR, un peu plus que le minimum que la loi exige à son âge. Hors du FERR et du CELI, dans un compte non enregistré, elle a 40 000 $ dans un fonds d'obligations qui lui verse 3 % d'intérêts : 1 200 $ par année.
Pour le SRG, Ginette a 12 600 $ de revenu : le RRQ, le FERR et ces intérêts. Selon les montants d'octobre à décembre 2026, elle a droit à un supplément d'environ 440 $ par mois, soit quelque 5 240 $ par année. Avec la PSV, son revenu est d'environ 21 750 $ avant le supplément, et elle ne paie pas d'impôt. En 2026, les crédits pour âge et pour revenu de pension, plus celui du Québec pour personne vivant seule, couvrent l'impôt jusqu'à environ 27 660 $ de revenu. Le supplément ne compte pas pour cela : il se déclare et se déduit, si bien qu'avec lui, Ginette vit avec environ 27 000 $ par année.
Les 1 200 $ d'intérêts sont sur la balance. Avec son revenu, chaque dollar lui retranche 50 cents de supplément, comme nous l'expliquons dans comment se calcule le SRG. Ces intérêts lui coûtent 600 $ de SRG par année.
Ginette a amplement de droits inutilisés dans son CELI. Si elle transfère le fonds d'obligations de son compte non enregistré à son CELI, les mêmes 1 200 $ d'intérêts cessent de peser. Son supplément monte de 600 $ par année, environ 50 $ par mois, et reste ainsi tant que son revenu ne change pas.
Transférer un fonds dans le CELI compte comme le vendre à sa valeur du jour. S'il a pris de la valeur depuis l'achat, le gain se déclare cette année-là et ne pèse qu'une seule fois. S'il en a perdu, la perte n'est pas déductible.
L'effet arrive avec un an de retard, parce que la balance pèse l'année précédente. Les intérêts que le fonds a versés hors du CELI cette année-là comptent encore. Le premier mois de juillet qui suit une année civile complète dans le CELI, le supplément monte.
Avec le FERR, c'est autre chose. Chaque retrait monte sur la balance de toute façon, même si elle le garde. Par contre, si elle ne dépense pas tout ce qu'elle retire, le surplus peut aller dans le CELI plutôt que dans un compte non enregistré. Le retrait a déjà pesé cette année-là, mais ce que cet argent rapporte ensuite ne monte pas sur la balance.
L'auto de Ginette : la même dépense, deux coûts
Maintenant, l'auto. Si Ginette la paie avec son FERR, son revenu de cette année-là monte à environ 30 300 $ avec la PSV, et dépasse le seuil à partir duquel elle paie de l'impôt. Pour garder 8 000 $ après impôt, elle doit retirer environ 8 500 $ : quelque 500 $ vont à l'impôt, selon les taux fédéraux de 2026 et ceux du Québec.
La deuxième facture arrive en juillet de l'année suivante. Service Canada pèse cette année-là et y trouve 8 500 $ de plus. À 50 cents par dollar, son supplément baisse d'environ 4 250 $ pendant douze mois, soit quelque 355 $ par mois. Il passe d'environ 440 $ à environ 80 $. Notre calculateur du FERR, avec les données de Ginette, arrive au même résultat.
Si elle les prend plutôt dans le CELI ? Rien de tout cela n'arrive. Pas d'impôt, la balance ne bouge pas et son supplément reste le même. Le 1er janvier de l'année suivante, les 8 000 $ de droits redeviennent disponibles. Pas avant : si elle les remet dans le CELI la même année sans autres droits inutilisés, l'excédent est soumis à un impôt de 1 % par mois.
| Ginette paie l'auto à même… | Ce qui sort du compte | Impôt de 2026 | SRG perdu l'année suivante |
|---|---|---|---|
| Le FERR | 8 500 $ | 500 $ | 4 250 $ |
| Le CELI | 8 000 $ | 0 $ | 0 $ |
Le tableau ne dit pas tout. Payer à même le CELI n'efface pas les 8 500 $ du FERR : ils y sont encore, et ils sortiront peu à peu avec le minimum de chaque année. Quand ils sortiront, ils pèseront 50 cents par dollar, comme aujourd'hui.
Ginette évite autre chose : tout payer d'un coup. Les 500 $ d'impôt n'existent que parce qu'elle a concentré le retrait sur une année ; réparti avec le minimum, cet argent reste sous le seuil d'imposition. Et un supplément de 80 $ par mois pendant une année entière est difficile à absorber quand le supplément représente une grande part de ce dont vous vivez. De plus, ce qui reste dans le FERR au décès est inclus dans la dernière déclaration de revenus et ne monte jamais sur la balance du SRG.
L'ordre compte aussi avec de petits comptes. Lequel vider en premier, nous l'expliquons dans l'ordre de décaissement au Québec. Pour quelqu'un qui touche le SRG, la réponse courte est celle-ci : le FERR sort peu à peu, chaque année ce dont vous avez besoin, et les grosses dépenses sortent du CELI.
Si vous travaillez encore : le CELI avant le REER
Mathieu a 41 ans et il est cuisinier dans une résidence pour aînés à Sherbrooke. Il vit seul, gagne 36 000 $ par année, n'a pas de régime de retraite au travail et met de côté 250 $ par mois. Il calcule qu'à 65 ans, le RRQ lui donnera environ 11 500 $ par année, en dollars d'aujourd'hui, et son épargne environ 5 000 $ de plus.
Si ces 5 000 $ sortent d'un FERR, son revenu pour le SRG sera d'environ 16 500 $. S'ils sortent du CELI, son revenu s'en tiendra aux 11 500 $ du RRQ. Dans les deux cas, Mathieu est dans la zone du SRG. Une personne seule cesse de le toucher à partir de 23 112 $ de revenu annuel sans compter la PSV, selon les montants d'octobre à décembre 2026. Chaque dollar qu'il retirera d'un FERR lui coûtera 50 cents de supplément.
Dans l'article sur le CELI et le REER, nous comparons votre taux quand vous cotisez avec votre taux quand vous retirez. À la cotisation, le REER rend à Mathieu environ 25,7 cents par dollar : son taux d'imposition de 2026, fédéral et du Québec. Au retrait, le taux comprend en plus le SRG qu'il perd.
Pour chaque 1 000 $ de salaire qu'il met de côté, voici ce qui lui reste à dépenser à la retraite, selon où tombe son revenu. Nous ne comptons pas le rendement, qui est le même dans les deux comptes. Nous utilisons les règles d'impôt de 2026 et celles du SRG d'octobre à décembre 2026 :
| À la retraite… | Ce que lui laisse le REER | Ce que lui laisse le CELI |
|---|---|---|
| Il perd 75 cents de SRG par dollar | 250 $ | 743 $ |
| Il perd 50 cents de SRG par dollar | 500 $ | 743 $ |
| Il perd 50 cents et paie de l'impôt | 243 $ | 743 $ |
| Il ne touche plus le SRG et paie 25,7 % | 743 $ | 743 $ |
Dans le CELI, Mathieu cotise 743 $ : les 1 000 $ moins l'impôt. Quand il les retire, la balance ne les pèse pas. Dans le REER, il cotise les 1 000 $ au complet, mais en les retirant, il perd la moitié ou plus en supplément et en impôt. Avec le revenu qu'il prévoit, Mathieu se retrouve à la deuxième ligne : pour chaque 100 $ que lui laisse le CELI, le REER lui en laisse environ 67 $.
Les deux ne sont à égalité qu'à la dernière ligne, quand le revenu de retraite dépasse le plafond du SRG. Là, on revient à la comparaison habituelle entre les deux taux. C'est pourquoi la question qui décide est une autre : allez-vous toucher le SRG ?
Il y a trois cas où le REER a encore du sens :
- Votre employeur cotise. Si votre employeur verse dans votre REER collectif une cotisation égale à la vôtre, ajoutez-la avant de comparer. Dans ce cas, chaque 1 000 $ de Mathieu deviendrait 2 000 $ dans le REER, et la deuxième ligne lui laisserait 1 000 $, plus que les 743 $ du CELI. Nous l'expliquons dans les régimes d'employeur au Québec.
- Votre salaire va augmenter. Les droits de REER que vous n'utilisez pas ne se perdent pas : ils s'accumulent. Si dans dix ans vous gagnez davantage, vous pourrez cotiser à ce moment-là, avec une déduction plus élevée et une retraite plus loin du SRG.
- Vous avez déjà un REER. Pas besoin de le fermer. Le retirer avant 65 ans, au taux de votre salaire, c'est ce qu'a fait Normand dans l'article sur le SRG, et cela lui a laissé environ 31 000 $ de plus à 90 ans.
Les chiffres de Ginette et de Mathieu sont ceux d'une personne seule, avec les règles de 2026, et mesurent une année à la fois : nous n'avons pas simulé toute leur vie, comme pour Normand. En couple, la balance pèse le revenu des deux ensemble, et les montants changent. Si les deux touchent la PSV, le SRG s'épuise à partir de 30 528 $ de revenu combiné, selon les montants d'octobre à décembre 2026.
Ginette ne décide plus où épargner, mais elle décide encore par où sort ce qu'elle a épargné. Mathieu, lui, décide encore où il le met. Tous deux veillent à la même chose : un supplément fait pour compléter ce qui manque, qui, chaque année en juillet, quand la balance fait son calcul, soit encore là pour le compléter.
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