CELI, REER ou compte non enregistré? L'ordre stratégique pour épargner au Québec
Au Québec, l'ordre dans lequel vous épargnez compte autant que le montant. Guide du CELI, du REER et du compte non enregistré pour payer moins d'impôt.
Par Yeny Carias · Cofondatrice

Il y a quelque temps, j'ai croisé le cas d'un homme dans la trentaine, qui gagnait 90 000 $ par an et demandait conseil sur la façon d'investir 10 000 $ qu'il souhaitait épargner. Il venait d'ouvrir son compte REER un an auparavant et aimerait acheter une maison ou un appartement à moyen terme. Il mentionnait qu'il savait que le CELIAPP était parfait pour cela, mais se demandait : quelle était la meilleure stratégie pour investir?
Comme de raison, pour beaucoup de gens au Québec, posséder une propriété ou un bien immobilier équivaut à consolider leur sécurité financière à long terme. Par conséquent, je présume que le protagoniste de ce cas, que nous appellerons Pierre, souhaite acquérir son bien immobilier avec cet objectif en tête.
La stratégie la plus évidente pour Pierre serait de prioriser le CELIAPP avec 8 000 $ en raison de son double avantage fiscal et de placer le reste dans le REER. En épargnant dans ces deux comptes, ses impôts s'en trouveront réduits, ce qui lui permettrait de réinvestir son remboursement d'impôt pour continuer à épargner l'année suivante. Lorsqu'on épargne pour acheter une propriété, la directive idéale est de prioriser d'abord le CELIAPP (jusqu'à 8 000 $ par année, avec un plafond à vie de 40 000 $) pour profiter du double avantage fiscal : une déduction lors de la cotisation et zéro impôt lors du retrait pour l'achat d'une habitation.
De plus, faire des placements agressifs à court terme n'est pas conseillé, car on court le risque de subir des pertes. Il est préférable de maintenir des horizons de placement alignés sur chaque objectif à l'intérieur de comptes appropriés, comme le REER, afin de générer des gains solides à long terme.
La stratégie derrière l'ordre d'épargne
On pense souvent que la règle d'or est simple : épargner, épargner et continuer d'épargner. Mais il ne s'agit pas seulement d'accumuler, il s'agit de savoir où épargner et quand investir de la meilleure façon.
Au Québec, la façon dont vous épargnez votre argent est tout aussi importante que le montant que vous avez réussi à amasser. Devriez-vous d'abord cotiser au maximum à votre REER? Laisser votre CELI continuer à croître? Piger dans vos comptes non enregistrés? Un mauvais ordre d'épargne peut vous coûter des milliers de dollars en impôts inutiles.
Voici le guide définitif pour comprendre l'ordre stratégique de vos cotisations et de vos retraits :
1. Le CELI
Le Compte d'épargne libre d'impôt (CELI) est votre meilleur allié pour préserver votre souplesse financière. Bien qu'il n'offre pas de déduction fiscale immédiate au moment du versement — contrairement au REER —, il devient « l'héroïne silencieuse » grâce à ses énormes avantages stratégiques au moment du retrait. De plus, vous récupérez vos droits de cotisation l'année suivant tout retrait.
- Pourquoi l'utiliser? : Les retraits du CELI sont à 100 % non imposables et n'ont aucun impact sur votre revenu net déclaré. De plus, si vos revenus se situent dans les tranches d'imposition les plus basses (en deçà de ~50 000 $), il est souvent beaucoup plus judicieux de remplir d'abord le CELI que le REER. Vous réservez ainsi vos droits de REER pour le moment où vous gagnerez plus et où les déductions seront plus substantielles, pendant que votre argent fructifie déjà à l'abri de l'impôt dans le CELI.
- L'avantage stratégique : Il n'affecte pas vos crédits d'impôt (comme le crédit d'impôt pour âge fédéral ou provincial du Québec) ni vos prestations gouvernementales (comme le Supplément de revenu garanti ou la SV).
- Transfert de patrimoine : Le CELI est un outil extraordinaire pour la succession, puisqu'il peut être transféré au conjoint survivant en franchise totale d'impôt (à titre de titulaire remplaçant) ou aux héritiers avec un impact fiscal minime, voire nul.
2. Le REER
Tout comme le CELIAPP, l'un de ses plus grands avantages est de réduire le paiement d'impôt dans le présent, ce qui fait qu'il constitue généralement la principale source d'épargne des Québécois. Cependant, à l'approche de la retraite, chaque dollar retiré s'ajoutera directement à vos revenus imposables de l'année, ce qui pourrait faire grimper d'un coup votre tranche d'imposition tant auprès de Revenu Québec que de l'Agence du revenu du Canada (ARC).
- La stratégie : Cotiser lorsque votre salaire et votre tranche d'imposition sont élevés, et retirer l'argent pendant la retraite, alors que vos revenus annuels sont généralement moindres et que vous payez par conséquent un taux d'imposition plus faible. Il est souvent avisé d'effectuer des retraits stratégiques de votre REER avant l'âge de 71 ans (entre 60 et 70 ans) pour niveler la facture fiscale sur plusieurs années.
- Le fractionnement du revenu : Comme nous l'expliquons dans notre article « La balance du présent et du futur : sacrifice ou stratégie? », si l'un des deux conjoints gagne plus, il peut cotiser au REER du conjoint pour réduire la facture fiscale actuelle et équilibrer les revenus futurs.
- Attention aux prestations futures : Un revenu imposable trop élevé à la retraite peut réduire vos prestations gouvernementales, comme la Pension de la Sécurité de la vieillesse (SV).
3. Le compte non enregistré : la souplesse avant tout
En règle générale, il est habituellement avantageux de commencer à mettre de l'argent de côté dans vos comptes de placement non enregistrés pour des projets précis ou lorsque vous avez épuisé vos plafonds de cotisation dans les comptes enregistrés.
- Pourquoi? : Seuls les gains en capital et les revenus d'intérêts ou de dividendes sont imposables. De plus, ces comptes bénéficient d'un traitement fiscal avantageux pour les gains en capital : contrairement aux revenus de travail ou au REER, dans un compte non enregistré, seulement 50 % des gains sont assujettis à l'impôt.
- L'avantage fiscal : Au Canada et au Québec, le taux d'inclusion des gains en capital profite d'un traitement fiscal préférentiel par rapport aux retraits d'un REER que vous ferez plus tard, lesquels sont imposés comme un revenu ordinaire.
- La déduction des pertes en capital : Contrairement au CELI ou au REER, si vous vendez un placement à perte dans un compte non enregistré, vous pouvez utiliser cette perte pour compenser des gains en capital de la même année, la reporter sur les 3 années précédentes ou la conserver pour réduire vos impôts dans le futur.
4. Existe-t-il une règle unique pour tout le monde?
La réponse courte est non. L'ordre idéal dépend de facteurs bien propres à votre situation :
- Vos sources de revenus, vos projets à long terme et les prestations que vous toucherez à la retraite (par exemple, la rente d'employeur ou le RRQ).
- Le fait d'avoir ou non un conjoint (pour optimiser le fractionnement et la répartition du revenu).
- Vos objectifs de transfert de patrimoine (héritage et succession).
- Si vous avez des projets à moyen terme pendant votre retraite et avez besoin de liquidités pour des objectifs ponctuels, comme l'achat d'une voiture, des rénovations domiciliaires ou un voyage important.
C'est ici que la planification dynamique prend tout son sens. Il ne s'agit pas d'appliquer une formule rigide, mais plutôt de simuler l'impact réel de chaque décision année après année.
Conclusion
Optimiser l'ordre de votre épargne garantit que votre capital fructifie, dure plus longtemps et reste dans vos poches au lieu de s'évaporer en impôts superflus.
Ne laissez pas la planification de votre avenir financier au hasard. Épargner dans le mauvais compte peut faire exploser vos impôts ou gruger vos prestations gouvernementales au Québec.
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