Qu'adviendrait-il de votre retraite face à un départ imprévu?
Au décès d'un conjoint, qu'advient-il de votre retraite? Voyez comment la rente de conjoint survivant et le roulement du REER protègent le survivant.
Par Yeny Carias · Cofondatrice

Même si nos vies ont une fin, leur impact perdure dans le temps.
Planifier la retraite en couple, c'est bâtir un rêve à deux voix. Cependant, la véritable solidité de ce plan se révèle lorsque l'un des deux doit poursuivre la route en solo. Lorsqu'un départ prématuré survient, l'impact se répercute immédiatement sur la stratégie de revenus de retraite. Pour la personne qui reste, la charge financière peut devenir colossale, car dans l'économie familiale, l'horloge ne s'arrête pas devant le deuil. Pendant que l'on traverse cette épreuve, les institutions financières et fiscales déclenchent des processus automatiques : les comptes conjoints peuvent être gelés et les revenus réguliers prévus pour la retraite sont mis sur pause.
L'absence d'une structure claire transforme la transition vers la retraite en une véritable impasse économique immédiate. Au-delà du choc émotionnel dévastateur, le conjoint survivant doit assumer seul la gestion des engagements en cours et le paiement des factures avec une unique source de revenus, perdant ainsi la synergie financière planifiée ensemble pour leurs années d'or.
Pour couronner le tout, le portrait fiscal devient encore plus défavorable : en perdant la possibilité de fractionner les revenus (fractionnement de revenu) et en changeant de statut auprès du fisc, il est fort probable que le survivant doive faire face à un taux d'imposition nettement plus élevé lors de ses prochaines déclarations de revenus.
Avant d'approfondir la question du veuvage, nous vous suggérons de lire notre article « Le statut civil face à la retraite : quel est son impact sur votre stratégie financière? ». En reprenant et en développant les mécanismes de protection propres à cette étape que nous avons abordés dans ce texte, voici comment fonctionne la rente de conjoint survivant en tant que pilier de remplacement de revenu.
La rente de conjoint survivant
Planifier ne consiste pas seulement à calculer ce que vous recevrez en tant que couple, mais à savoir comment la continuité de ces revenus sera protégée. Qu'arriverait-il si Pierre décédait avant de pouvoir profiter de sa retraite?
C'est ici qu'entre en jeu la rente de conjoint survivant. Cette prestation agit comme un pilier de revenu de remplacement au sein du plan de retraite, offrant un versement mensuel au conjoint pour maintenir la stabilité financière du foyer après la perte des revenus de travail ou de retraite de Pierre. Pour que le conjoint ait droit à cette prestation, l'âge de Pierre au moment de son décès importe peu; l'essentiel est qu'il ait cotisé le minimum requis au RRQ (Régime de rentes du Québec) durant sa vie active.
Le montant que recevra le conjoint survivant est calculé en croisant les cotisations de Pierre avec l'âge et la situation de la personne qui reste :
- Si le conjoint survivant a plus de 45 ans : Il reçoit une somme mensuelle fixe et stable, basée sur les droits de retraite accumulés par Pierre (qu'il ait ou non des enfants à charge).
- Si le conjoint survivant a moins de 45 ans : Le système applique des règles d'ajustement strictes. S'il n'a pas d'enfants à charge et ne souffre d'aucune invalidité, il recevra un montant moins élevé, car le système considère qu'il a une plus grande capacité à réintégrer le marché du travail. En revanche, s'il a des enfants mineurs à sa charge ou s'il est atteint d'une invalidité, le montant est substantiellement majoré pour garantir le soutien de la famille. Dès qu'il atteint l'âge de 45 ans, cette prestation est automatiquement recalculée en sa faveur.
Le roulement fiscal : protéger l'écosystème d'épargne
Afin d'illustrer le mécanisme du roulement, imaginons un scénario où Pierre décède et son épouse est le conjoint survivant. Tous deux cotisaient le même montant à leur REER (Régime enregistré d'épargne-retraite); cependant, l'épouse de Pierre gagnait un revenu plus élevé que le sien.
Si Pierre avait anticipé cette situation dans sa stratégie de protection — rappelons qu'au Québec, la désignation directe de bénéficiaires sur les comptes financiers n'est pas permise dans les contrats ordinaires, elle doit donc être correctement stipulée dans le testament, ou alors par le biais d'une assurance vie ou d'une rente —, l'impact fiscal immédiat sur le plan de retraite est nul.
Le scénario idéal : le transfert direct
- Le processus : Le REER de Pierre est transféré directement dans le REER de son épouse, sans qu'il soit nécessaire de le liquider ni de payer d'impôt à ce moment-là.
- L'avantage pour la retraite : Les sommes accumulées par Pierre continuent de croître à l'abri de l'impôt dans le REER de la survivante. Le fait qu'elle gagne plus d'argent que Pierre ne nuit en rien à ce transfert : aucun droit de cotisation REER inutilisé n'est requis dans le compte de l'épouse pour recevoir ce capital. Ainsi, son portefeuille de retraite se trouve simplement consolidé. L'impôt ne sera payé que plus tard, lorsqu'elle décidera de retirer ces fonds de manière graduelle (idéalement pendant sa propre retraite).
Le scénario défavorable : le danger de briser l'écosystème d'épargne enregistrée
Qu'arrive-t-il s'il n'y a pas eu de planification adéquate ou si, pour une raison quelconque, la succession décide de liquider le compte pour rembourser des dettes? Le dénouement s'avère fiscalement très lourd pour l'avenir de la survivante :
- Le processus : Sur le plan fiscal, le REER de Pierre est considéré comme « entièrement vendu » la veille de son décès. La valeur totale accumulée dans son compte est ajoutée à ses revenus de l'année dans sa déclaration finale (Déclaration de revenus d'une personne décédée).
- L'inconvénient : Le gouvernement prélèvera une part massive en impôt en raison de ce retrait global. Le véritable problème réside dans le fait que l'épouse perd à tout jamais l'occasion d'utiliser ce capital pour financer ses propres années de retraite sous un taux d'imposition avantageux. Si elle hérite de l'argent en comptant (déjà net d'impôts) plutôt que de transférer le REER directement vers son propre compte enregistré, le patrimoine se sera considérablement aminci.
En résumé pour cet exemple : La meilleure solution était de consolider le REER de Pierre au sein de celui de son épouse. De cette façon, elle n'augmente pas son revenu imposable actuel, évitant ainsi de grimper d'un échelon (palier d'imposition). Par la suite, lorsqu'elle sera à la retraite et que ses revenus d'emploi auront cessé, elle pourra retirer progressivement ces fonds combinés à un taux d'imposition beaucoup plus bas, maximisant ainsi chaque dollar que tous deux ont épargné avec tant d'efforts.
Conclusion
Planifier la retraite ne consiste pas seulement à projeter les années que nous passerons ensemble, mais à protéger financièrement l'autre au cas où il devrait poursuivre le chemin seul. Assurer la continuité des revenus et mettre le capital à l'abri de la facture fiscale est le plus grand acte d'amour et de responsabilité.
Vous voulez un plan qui s'adapte à votre vie?
AuraPlan est en bêta ouverte et gratuite — créez votre compte et bâtissez votre plan de retraite dès aujourd'hui.